Sledding on ice in Greenland

Au cœur de la patrouille Sirius en traîneau à chiens

Photo principale : Michael Andersson

Le plus grand parc national du monde s’étend sur près d’un million de kilomètres carrés de glace, de roche et de silence. Pas de villes. Pas de routes. Aucun secours rapide. Pendant une grande partie de l’année, seuls règnent le vent, l’obscurité et des distances qui donnent le sentiment d’être minuscule.

Pourtant, chaque année, une petite unité de l’armée danoise parcourt ces étendues en traîneau à chiens.

De 2014 à 2016, Michael Andersson a servi au sein de la Slædepatruljen Sirius (patrouille Sirius en traîneau à chiens), une unité d’élite de l’armée danoise chargée de patrouiller dans les régions sauvages et isolées du nord-est du Groenland.

Sa mission, explique-t-il, est simple à décrire, mais difficile à accomplir :

« Il y a un objectif clair : affirmer la souveraineté du Royaume du Danemark. Le Groenland fait partie du Royaume du Danemark, mais il faut montrer la volonté et la capacité d’être présent sur le terrain toute l’année pour qu’il en reste ainsi. » Cette affirmation de souveraineté ne concerne que le parc national du nord-est du Groenland. Dans le reste du pays, des villes et des villages jalonnent le littoral.

Dans cette partie de l’Arctique, la souveraineté repose sur une présence permanente. Cela implique de parcourir des milliers de kilomètres en traîneau à chiens, d’entretenir des cabanes isolées et d’évoluer dans des conditions où une banquise solide peut se briser et laisser place à l’eau libre du jour au lendemain.

La patrouille militaire la plus isolée du monde

La patrouille Sirius est l’une des unités militaires les plus spécialisées au monde. Elle opère exclusivement dans le parc national du nord-est du Groenland, le plus grand de la planète.

Le Groenland fait partie du Royaume du Danemark, mais une grande partie de son littoral nord-est reste totalement inhabitée. Pour maintenir leur souveraineté sur des territoires reculés, les États doivent y démontrer une présence active.

C’est le rôle que remplit la patrouille Sirius.

Placée sous le commandement interarmées arctique danois, elle parcourt chaque année des milliers de kilomètres en traîneau à chiens, surveille la région, entretient les infrastructures isolées et sert d’yeux et d’oreilles au Danemark dans l’un des environnements les plus extrêmes de la planète.

En été, ses responsabilités s’élargissent. Les membres de la patrouille exercent également des pouvoirs de police dans la région : ils vérifient les autorisations des navires de passage et soutiennent la recherche scientifique. Ils mesurent notamment l’épaisseur de la glace de mer, consignent leurs observations de la faune, participent à des études environnementales et ont même, à une occasion, contribué à des recherches sur les effets de l’obscurité prolongée sur le taux de vitamine D.

Un engagement de 26 mois

Une mission au sein de Sirius dure 26 mois.

Avant de poser le pied au Groenland, les membres de la patrouille suivent environ neuf mois de sélection et de formation exigeantes. Les techniques de survie ne représentent qu’une partie de la préparation. Ils mémorisent aussi des centaines de noms de lieux et de repères qu’ils doivent savoir situer sur une carte.

« Si vous perdez tout, explique Michael, vous devez quand même savoir où aller. »

À leur arrivée, les nouveaux membres sont associés à un collègue déjà présent depuis un an. Ce système repose sur le mentorat : les connaissances se transmettent d’une génération de patrouilleurs à l’autre, une tradition qui perdure depuis plus de 75 ans.

Chaque équipe de patrouille compte deux personnes et environ treize chiens du Groenland.

« Votre collègue a passé exactement les mêmes épreuves de sélection que vous, explique Michael. Vous pouvez lui confier votre vie. Et lui peut vous confier la sienne. »

Et puis, il y a les chiens.

« Ce sont eux, le moteur. Ce sont eux qui font le plus gros du travail. »

Photo : Jens Bohm Petersen

Photo : Sebastian Kolind

Photo : Sebastian Kolind

Photo : Jens Bohm Petersen

Les chiens au cœur de la mission

Les équipes de Sirius travaillent exclusivement avec des chiens du Groenland, l’une des plus anciennes races de chiens de travail au monde. Puissants, résistants et parfaitement adaptés aux déplacements dans l’Arctique, ils rendent ces expéditions possibles.

Après chaque expédition, chaque chien fait l’objet d’une évaluation individuelle de sa condition physique, de son tempérament et de sa motivation. Des observations détaillées sont consignées tout au long de sa vie active.

Pendant son service, Michael était responsable d’environ 90 chiens à Daneborg, la base de Sirius. Il devait notamment les nourrir, participer au suivi de leur état corporel et de leur poids, gérer les vaccinations et les traitements antiparasitaires, préparer leur nourriture et veiller à ce que chaque attelage soit prêt pour la prochaine expédition.

Dans l’un des environnements les plus isolés du monde, l’aide vétérinaire est souvent très éloignée. La formation des patrouilleurs de Sirius comprend donc les soins vétérinaires sur le terrain, afin qu’ils puissent évaluer les blessures et assurer les premiers traitements lorsque c’est nécessaire.

« Les chiens passent avant tout. Sans les chiens, il n’y a pas de patrouille. »

Freddie

Demandez à Michael de parler de ses chiens et un nom lui vient immédiatement à l’esprit : Freddie.

Il a vu Freddie grandir, de chiot à membre de son propre attelage au cours de sa deuxième année.

« Pas le plus malin, plaisante-t-il, mais tellement gentil. Il n’aurait pas fait de mal à une mouche. »

« On apprend à connaître la personnalité de chacun, à reconnaître ses points forts et à leur faire entièrement confiance. Parfois, on ne peut pas expliquer pourquoi un chien nous marque autant. C’est comme ça. »

La vie sur la piste

Lors d’une journée de patrouille classique, l’objectif est de parcourir 30 à 35 kilomètres, mais tout dépend des conditions. La neige profonde peut limiter la progression à quelques kilomètres seulement, tandis qu’une bonne glace permet d’aller beaucoup plus loin.

Lorsque les conditions se compliquent, les patrouilleurs descendent du traîneau et ouvrent eux-mêmes la voie, se relayant toutes les heures pour marcher devant les chiens.

Chaque matin à 8 h, la base de Sirius contacte toutes les équipes par radio haute fréquence pour vérifier leur position et leur état de santé, puis leur transmettre les prévisions météorologiques régionales. Une équipe reste toujours à la station pour l’entretenir et s’occuper des chiots, des communications et des opérations de soutien.

Le soir, les habitudes reprennent. L’un des patrouilleurs nourrit chaque chien, puis examine ses pattes, ses membres et son état général, et le remercie pour son travail de la journée. Le lendemain, les rôles sont inversés.

« Il faut apprendre à être à l’aise dans l’inconfort », explique Michael.

En début de saison, les températures restent régulièrement sous les –40 °C. Le plastique devient cassant. Les fermetures éclair gèlent. Le matériel casse. On s’assoit très rarement sur le traîneau. Il faut toujours transporter du matériel de rechange et se préparer à un changement des conditions.

La plupart du temps, raconte-t-il, tout est calme.

« Dans 95 % des cas, c’est le calme, la tranquillité et de bons moments. Et puis, parfois, tout change très vite. »

La glace peut bouger pendant la nuit. Les contours des glaciers ne correspondent plus aux cartes. Des ours polaires apparaissent, parfois au loin, parfois suffisamment près pour nécessiter une réaction immédiate.

Michael dormait avec son pistolet dans un holster de poitrine, à l’intérieur de son sac de couchage, pour le garder au chaud et prêt à l’emploi. Mais le plus souvent, les chiens percevaient le danger en premier.

« Ils sentent la présence d’un ours polaire, même quand nous ne pouvons pas le voir. »

À leur instinct s’ajoute une endurance exceptionnelle. Sur environ 4 000 kilomètres parcourus en un an, Michael ne se souvient que de deux occasions où les chiens ont tout simplement refusé d’avancer.

« Quand ils s’arrêtent, nous nous arrêtons. Si l’un des chiens n’en peut plus, c’est terminé. Nous les écoutons. »

Les chiens ne sont jamais poussés au-delà de leurs limites. Si l’un d’eux en a assez, la journée de marche s’arrête.

Photo : Jens Bohm Petersen

Photo : Michael Andersson

Photo : Jens Bohm Petersen

Quand le silence parle

Au-delà des récits de distances et de dangers, ce qui reste le plus profondément gravé dans la mémoire de Michael est quelque chose de plus paisible.

« Si vous avez déjà connu le silence absolu, sans pollution, sans pollution lumineuse, juste le silence… c’est merveilleux. »

« Puis, sans prévenir, un chien commence à hurler. Un autre se joint à lui. Bientôt, les treize chiens hurlent ensemble dans la nuit arctique. »

Il ne sait pas exactement pourquoi.

« C’est peut-être un sentiment d’appartenance », avance-t-il.

Il a toujours pensé que cela voulait dire qu’ils étaient heureux.

« Dans un paysage où le silence porte à des kilomètres, ces instants restent gravés en vous. »

Le referait-il ?

« Oui, répond Michael. Sans hésiter. »

Puis il sourit.

« Mais c’est un travail de jeune. C’est éprouvant physiquement. Et quand on fait partie de la patrouille, on ne peut ni avoir d’enfants ni être marié, ce qui se comprend quand on part en mission pendant plus de deux ans. Mais le silence. L’horizon sans fin. Les chiens qui hurlent sous les aurores boréales. Ce sont ces souvenirs qui restent. »

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